Hé oui ! Après deux mois de campagne européenne, les français vont sexprimer sur le projet de constitution européenne qui leur est proposée. 9 pays de lEurope des 25 ont dores et déjà ratifié le traité, et aucun ne sest encore exprimé à lencontre de celui-ci.
Cette campagne fut sans précèdent : statistiquement, jamais dans les sondages il ny avait eu trois changements de tendance consécutifs. Cest maintenant fait Cette campagne fut dynamisée notamment par lémergence dans les grands partis de voix discordantes qui ont séduits bon nombre de français : Dupont-Aignan (UMP) à droite, Fabius et Mélenchon (PS)
Seul problème : quelles sont les raisons qui poussent apparemment les français à voter oui ou à voter non ??? Appelés à sexprimer sur le projet de constitution, les électeurs semblent souvent se décider sur des critères extérieurs au débat : les partisans du non souhaitent sanctionner le gouvernement, ceux du oui appuient sur le fait que voter non, cest voter comme lextrême droite.
Les évènement marquants de la compagne sont le retour (annoncé) de Lionel Jospin, qui a réalisé une très bonne impression par deux fois dans les JT, les formules de Raffarin suscitant souvent lhilarité (" pour le oui je dis non au non "), la démonstration de Giscard quil ny a pas de plan B en cas du victoire du non, à laide dun ballon de baudruche estampillé plan B et dune aiguille et limplication de Chirac sur le dernier mois, voyant la victoire du non se profiler. Ce dernier a fait preuve dune dernière déclaration agressive de 10 minutes jeudi soir, où il sest évertué à rappeler pourquoi le oui devait selon lui passer, mais aussi à culpabiliser les électeurs qui voteraient non
A trois jours du scrutin, le Non semble ne pas pouvoir perdre avec 55% dans les sondages.
A lissue de cette campagne étrange, les français mettront leur bulletin dans lurne, dimanche.

En outre comme le rappelle Jean-Marc Ayrault (président du groupe PS à lAssemblée Nationale), il est plus difficile de rassembler que de diviser : il ne pouvais subsister quun OUI (lacceptation du traité) alors quil existe une foule de NON. Le NON de gauche incarné par Marie-Georges Buffet (PC), Laurent Fabius (PS), Jean-Luc Mélenchon (PS)
, et le duo Besancenot/Laguillier (LR/LO) nest pas du tout le même que le NON souverainiste de Philippe De Villiers (MPF), le NON anti-européen mais démocratique de Nicolas Dupont-Aignan (UMP), qui évoque le « carcan européen » ou celui anti-européen tout court de Jean-Marie Le Pen (FN). Ainsi certains le rejettent car il est trop libéral, dautres parce quil prône une Europe politique,
Le NON a donc de multiples facettes, qui lont fait triompher avant-hier soir.
C'est finalement bien le patron du quai d'Orsay puis de la défense qui va s'installer à Matignon. Sarkozy, Alliot-Marie, voire Douste-Blazy et Fillon étaient pressentis également mais c'était bien De Villepin qui tenait la corde. Annoncé depuis lundi, il succède à Jean-Pierre Raffarin, et a pour difficile tâche de relancer la droite à 22 mois des présidentielles de 2007. Des réformes pour recrédibiliser le gouvernement, voilà son futur proche ...
Jacques Chirac est au plus bas dans les sondages ces derniers temps. Ce lundi, on lui confère 73% d'opinions mécontentes, ce qui est un record : même François Mitterand, en son temps, n'avait pas réussi pareille performance ... En outre, il doit faire face à un échec de la plupart des politiques de santé et d'avancées sociales mises en places par ses ministres du gouvernement Raffarin, Philippe Douste-Blazy et Jean-Louis Borloo. Pour ne rien arranger, la situation politique de la France dans l'Europe n'est pas des plus enviables et les média étrangers fustigent à son tour l'attitude élyséenne : après Newsweek (voir article du 19 mai 2004), c'est maintanant un quotidien italien des plus sérieux, Il sole 24 ore, qui s'en prend au chef de l'Etat français, mettant en avant "son attitude fatiguée et déprimée, son peu d'entrain et son unique voloté d'occuper le terrain d'ici 2007", en se cachant derrière le NON massif, "pour ne pas mouiller la chemise". Les temps sont durs pour Chirac, et ce n'est pas son duo de frères ennemis Villepin-Sarkozy qui est le plus susceptible de l'aider : comme le met en avant L'Express, on s'engage comme une cohabitation à 3 d'ici 2007 ... Du jamais vu ...